Partager l'article ! Universités : à quoi bon la grève ? (suite et fin): Mais il apparaît que la grève pose d'importants problèmes au pouvoir en place : ...
Mais il apparaît que la grève pose d'importants problèmes au pouvoir en place :
- Le risque de voir un mouvement étudiant de masse, très souvent par la suite un encouragement très sérieux pour les salariés de faire grève.
- Le changement de l'ambiance politique - dans certains secteurs les travailleurs peuvent voir les enseignants chercheurs en grève et cela contribue à une ambiance de combat.
- L'image de la France et de ses universités - l'élite n'est pas indifférente
- Le risque de diviser la droite, car une partie de la droite a de la sympathie pour les enseignants chercheurs, et une droite divisée dans une situation sociale explosive est très mauvais pour le gouvernement
- Le risque de rendre les universités ingouvernables. Le gouvernement a besoin des présidents d'université et pas mal d'autres pour gérer les universités, puisqu'ils n'ont pas une couche de vrais managers dans les facs (justement ils voudraient en avoir). Mettre l'ensemble des universitaires à dos ne leur fait pas rigoler..
Le parti politique au pouvoir va-t-il perdre des électeurs ou des sympathisants suite à ce mouvement social ? Le mouvement social devrait donc se poser la question uniquement en ces termes. Dans ce cas évidemment, la grève ne serait un moyen efficace qu'à la condition qu'il soit soutenu par l'opinion publique. Il faudrait donc éviter que la population se sente « prise en otage » par les grévistes, etc. Le plus simple serait donc de se limiter à quelques démonstrations de forces, sous la forme de grandes manifestations une fois par semaine, par quinzaine ou par mois, en fonction de l'agenda des négociations. Ou peut-être des actions symboliques, originales, donc médiatiques ?
Ce serait faire l'impasse sur le coté « actif » d'une grève. Les salariés du service public ont de plus en plus « la tête dans le guidon » : ils avancent vite, mais ils ne voient plus vers quel objectif ils se dirigent. Lorsqu'ils cessent le travail, il peuvent relever la tête et on une chance de voir le mur qui se dressent devant eux. A l'université, personnels et usagers sont liés. Peu importe pourquoi les cours n'ont pas lieu. Ca peut être du fait des étudiants ou des enseignants, ou des personnels non enseignants. Mais quand les cours n'ont pas lieu, tous peuvent lever la tête du guidon.
Ils ont ensuite tout leur temps pour réfléchir aux actions les plus efficaces pour contrer le gouvernement et pour les mener. Agir sur l'opinion publique bien entendu. Mais aussi chercher à entraîner dans la lutte d'autres secteurs. Mais aussi porter des coups directs aux intérêts financiers et industriels du pays, en bloquant les axes routiers ou ferroviaires, comme pendant la lutte anti-CPE de 2006.
Trois arguments contre la grève, assez répandus à l'université sont :
· Si notre université est en grève, les étudiants vont s'en détourner pour aller vers d'autres établissements d'enseignement supérieur et au final la grève mets en péril notre avenir... L'argument porte moins que dans le cas des entreprises, car les revendications y compris quand elles sont salariales vont toutes dans le sens d'améliorer le service rendu aux usagers. Et au final, la conclusion logique n'est pas qu'il ne faut pas faire grève mais plutôt que si on la fait, il faut tout mettre en oeuvre pour la gagner.
· Si je ne fais pas mes cours, je pénalise mes étudiants. C'est une évidence. Reste que si les réformes passent à cause de mon refus de me mettre en grève, je pénalise tous les étudiants du pays, sur plusieurs générations. Expliquer aux futures générations d'étudiants pourquoi nous n'avions rien fait alors que nous avions compris les conséquences tragiques des réformes sera certainement encore bien plus désagréable...
· L'administration ne compte pas les grévistes. Le ministère n'est pas informé de ma décision de faire grève. En plus c'est immoral car je touche mon salaire alors que je ne travaille pas. Le ministère se moque bien de connaître le nombre de grévistes. Et il serait ravi de pouvoir faire des économies pendant le mouvement de grève. Ne donnons pas 1 cent à notre adversaire si on peut l'éviter. Pour la morale, il suffit de pratiquer soi-même ses retenues sur salaire et de les utiliser pour tirer des tracts, des affiches, pour payer les voyages aux coordinations nationales, pour alimenter les caisses de solidarités avec d'autres salariés, éventuellement d'autres secteurs.
Pour conclure, quel que soit le secteur, la grève est une modalité d'action insuffisante, mais indispensable lorsque l'on veut faire céder une entité aux intérêts antagoniques aux nôtres. La question que l'on doit se poser n'est pas dois-je ou non me mettre en grève, mais que faire pendant la grève pour que l'adversaire cède au plus vite ?!
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http://uneheuredepeine.blogspot.com/2008/11/sur-lefficacit-de-la-grve-liens-faibles.html
Pierre Jourlin.