Le blog de cgtup
Mardi 23 mars, les fonctionnaires de l'Etat seront en première ligne lors de la journée de manifestations, à l'appel de sept syndicats sur huit. «Les agents sont inquiets, en colère», résume Jean-Marc Canon, de l'UGFF-CGT. Il y a la crise, bien sûr, qui met les services publics sous tension, à commencer par l'école ou les services sociaux. Une loi votée en 2009 qui fait craindre des mobilités forcées à l'avenir. Mais le malaise est encore plus profond.
La Cour des comptes: «Une démarche purement quantitative»
• A l'éducation nationale (40% des fonctionnaires d'Etat), au moins 50.000 postes ont été
supprimés.
• A la défense, 27.000 postes ont disparu.
• Idem au ministère de l'intérieur (-10.000), pourtant si cher à Nicolas Sarkozy. Dans la police et la gendarmerie, 7000 emplois seront détruits dans les années à venir.
• A Bercy, on a appliqué le «1 sur 2» avec zèle, puisque six départs sur 10 n'ont pas été remplacés.
• Seule la justice a échappé à la saignée: elle a gagné 3.000 postes. Mais pour l'USM, le syndicat majoritaire (droite) chez les magistrats, «la réduction des effectifs de magistrats
se met en place insidieusement. Les recrutements de ces dernières années ne compensent pas les départs en retraite».
• A l'hôpital, où le «1 sur 2» n'est pas appliqué, les postes commencent à diminuer.
Depuis trois ans, le «1 sur 2» a déjà changé l'école, l'armée ou la police.
L'éducation nationale représente à elle seule près de la moitié des postes supprimés depuis 2007, soit 48.401 postes en moins en quatre ans. Ce qui a permis à ce ministère, premier budget de l'Etat, de passer en 2009 sous la barre symbolique du million de personnes. Mais à quel prix? Entamé dès 2003, le «dégraissage» s'est considérablement accéléré à partir de l'entrée en vigueur de la règle du non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux en 2008. En trois ans de présidence de Nicolas Sarkozy (de 2008 à 2010), 40.000 postes ont disparu, contre 21.000 entre 2003 et 2007.
Ecoutez ces professeurs des écoles de Seine-Saint-Denis qui manifestaient fin janvier:
Malgré un credo sécuritaire, des postes de policiers sont supprimés
La majorité s'était engagée à mettre plus de bleu dans les quartiers. Pourtant, les effectifs de policiers et de gendarmes baissent régulièrement depuis 2007. Même en matière de sécurité, le «1 sur 2» est strictement appliqué. Pour la gendarmerie, le projet de loi de finances 2010 prévoit une nouvelle baisse d'au moins 1.354 “équivalent temps plein” (EPTP). C'était déjà le cas au cours des années précédentes : -1625 postes en 2009, -965 postes en 2008... Entre 2009 et 2011, le gouvernement souhaite supprimer 3.000 emplois de gendarmes (soit 3% des effectifs). Sur la même période, 4.000 postes (2,7% des effectifs) seront supprimés dans la police nationale. «La révision générale des politiques publiques concerne tous les ministères, le mien ne fait pas exception», disait le ministre de l'intérieur en janvier à l'Assemblée nationale. Devant les députés, le même Brice Hortefeux rétorquait à une députée socialiste: «Arrêtez avec les effectifs ! La question des effectifs, c'est ce que l'on met en avant quand on n'a pas grand-chose à proposer.»
Moins d'hommes et de femmes, mais mieux équipés et mieux payés, l'armée aime à penser qu'elle réalise sans bruit sa révolution copernicienne. De fait, de 2009 à 2014, les emplois (EPTP) passeront de 314.000 à 276.000. Chaque année, la “Grande Muette” dégraissera: 7.926 postes en 2010, 7.577 en 2011, 7.462 en 2012... près de 54.000 postes (dont 46.500 militaires) auront disparu en 2014, avec des dizaines de casernes, de bases, de sites qui redessineront la carte militaire du XXIe siècle. Cette réduction de 17% des personnels frappera dans les mêmes proportions les trois armes et autant les civils que les militaires.
Par le jeu d'annuités comptant double en certaines occasions (la guerre) et d'âges légaux ouvrant droit à pension très tôt (15 ans d'ancienneté), les départs sont suscités. Voire précipités. Plus de 4 milliards d'euros seront consacrés à la reconversion des bidasses, avec une vingtaine de conventions liant déjà les armées avec les entreprises du privé afin que ces dernières privilégient l'embauche des anciens militaires.
La France adapte son outil aux nouvelles donnes de la mondialisation; l'emploi et les infrastructures en font les frais. La cure d'amaigrissement touche tous les secteurs. Le 9 février dernier, lors d'une audition à l'Assemblée nationale, le chef d'état-major Jean-Louis Georgelin précisait le nombre de militaires investis sur tous les continents: 9.000 hommes et femmes, en baisse de près de 3.500 depuis le printemps 2009, et encore 1.500 de moins cette année. En deux ans, le nombre de militaires projetés en opérations extérieures (Opex) aura baissé de 5000 – soit une réduction «considérable» de l'ordre de 40%.
Cette baisse des effectifs ne se traduit pas par une baisse des coûts. Les crédits d'équipement passeront de 15,4 milliards en 2008 à 18 milliards en euros constants en 2014. Les crédits de recherche augmentent (27% en 2009). Les commandes d'armements ont quant à elles progressé de 123%. Le montant des Opex s'élevait à 873 millions d'euros en 2009, en augmentation de 5% par rapport à 2008. La raison? L'Afghanistan. Le coût annuel d'un soldat sur place est de 105.000 euros alors qu'il est de 57.000 euros en Côte d'Ivoire...
Un temps épargné, les hôpitaux publics ont commencé à perdre 1.800 postes dès 2008, selon la Fédération hospitalière de France. Et ce n'est qu'un début à en croire les «plans d'économies» annoncés ces derniers mois. Ces suppressions nettes d'emploi constituent un tournant historique, après dix ans de croissance des effectifs: dans le sillage de la mise en place des 35 heures, environ 100.000 postes avaient été créés.
L'actuel retournement coïncide avec la loi Bachelot réorganisant les structures de soins et, incidemment, avec les efforts déployés en réponse à l'épidémie de grippe A/H1N1. Il marque le début d'une tendance lourde, programmée depuis plusieurs mois et amenée à s'accélérer dans les années à venir. Les infirmières et les emplois médico-techniques (imagerie médiale, logistique, transports, etc.) ont été touchés en priorité. Dans leurs services, les médecins subissent d'autant plus fortement les conséquences des départs à la retraite non remplacés que les CDD et les intérimaires avaient précédé le mouvement.
Évaluant à 220.000 le nombre de départs à la retraite entre 2008 et 2015, l'Élysée a fixé comme objectif aux hôpitaux de ne plus être en déficit au plus tard en 2012. Or, au total, le «trou» atteint 700 millions d'euros. La masse salariale représentant environ 70% des charges des hôpitaux, les directions ont élaboré des plans touchant à l'emploi permanent. En additionnant les annonces, on dépasse 10.000 emplois à supprimer.
À l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), entre 3.000 à 4.000 postes sont dans le collimateur d'ici à 2012. Pour protester, un millier de médecins ont menacé de démissionner de leurs fonctions administratives. «Le directeur général “s'engage” à ce que l'offre de soins ne soit pas atteinte par ces suppressions d'emplois et ces réorganisations, ce qui est irréaliste. Il est évident que si, dès cette année, 1.000 emplois sont supprimés alors que plusieurs services travaillent déjà en sous-effectifs, l'offre de soins et la qualité des soins s'en ressentiront immédiatement», indiquent les soignants rassemblés dans le Mouvement de défense de l'hôpital public, dont la pétition a recueilli plus de 600.000 signatures. Les tensions sociales sont palpables partout en France, notamment à Marseille, Nice, Rennes, Toulouse et Lyon.
Source :Mediapart