Mardi 24 novembre 2009 2 24 /11 /2009 22:29

Le 19 novembre, le site de la Présidence de la République diffuse le rapport de la commission présidée par Alain Juppé et Michel Rocard avec le titre « Investir pour l'Avenir - Priorités stratégiques d'investissement et emprunt national ». Relevant les sommes prévues pour l'Opération Campus (avec création d'une « agence nationale des campus d'excellence ») et celles également très élevées qui devraient transiter par l'Agence Nationale de la Recherche (ANR), Le Monde intitule l'un de ses articles : « L'enseignement supérieur et la recherche se taillent la part du lion ». Mais les apparences sont trompeuses, s'agissant de la recherche publique et du service public de l'enseignement supérieur. A la veille des élections régionales, alors que Valérie Pécresse brigue la présidence de la Région Ile-de-France où les universités sont très nombreuses, l'Opération Campus comportera pour l'essentiel des dépenses logistiques et des regroupements immobiliers au profit du secteur privé. De même, le rôle accru de l'ANR, marginalisant les organismes publics de recherche comme le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) ou l'INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale) alors que la segmentation du CNRS en instituts vient d'entrer en application, accélèrera le processus de privatisation de la recherche française.

 

Le site de l'ANR précise clairement :

http://www.agence-nationale-recherche.fr/Agence

(...)

L'ANR s'adresse à la fois aux établissements publics de recherche et aux entreprises avec une double mission : produire de nouvelles connaissances et favoriser les interactions entre laboratoires publics et laboratoires d'entreprise en développant les partenariats.

La sélection des projets retenus dans le cadre d'appels à projets (AAP) est effectuée sur des critères de qualité pour l'aspect scientifique auxquels s'ajoute la pertinence économique pour les entreprises.

(...)

Curieusement, alors que l'ANR est un établissement public administratif, ce n'est pas l'intérêt général mais la « pertinence économique pour les entreprises » qui est mis en avant dans cette note définissant les missions de l'ANR.

Mais la « pertinence économique pour les entreprises » peut-elle valablement se substituer à l'intérêt général ?

C'est toute la différence entre les missions de l'ANR et celles du CNRS. Les missions historiques de ce dernier ont toujours été basées sur une appréciation de l'intérêt général indépendante des intérêts privés.

 

Le site de l'Elysée diffuse le communiqué qui suit :

http://www.elysee.fr/documents/index.php?lang=fr&mode...


Communiqué faisant suite à la remise du rapport, à M. le Président de la République, de la commission sur l'emprunt national, présidée par MM. Alain JUPPE et Michel ROCARD

Le Président de la République a reçu aujourd’hui, jeudi 19 novembre 2009, au Palais de l’Elysée, MM. Alain JUPPÉ et Michel ROCARD ainsi que les membres de la commission en charge de définir les priorités stratégiques financées par l’emprunt national.

Le Président de la République a remercié les deux co-présidents ainsi que les membres de la commission pour le travail accompli et la qualité du rapport qui lui a été remis.

La commission a identifié sept grandes priorités stratégiques visant à assurer la transition vers un nouveau modèle de développement. Les besoins identifiés au titre de ces priorités correspondent à un investissement public de 35 Mds€ et selon la commission, à un investissement total de 60 Mds€ par effet de levier vis-à-vis des financements privés, locaux et européens.

Le Président de la République a partagé le constat de la commission qu’un effort exceptionnel d’investissement s’impose pour construire un modèle de développement plus durable fondé sur l’économie de la connaissance et l’économie verte.

Le rapport est mis en ligne à l'adresse :



Le Monde rélève que sur les 35 millions d'investissements proposés par la commission dans le cadre du « grand emprunt », la recherche et l'enseignement supérieur doivent « bénéficier de plus de 16 milliards d'euros, soit près de la moitié des 35 milliards d'euros d'investissements publics souhaités ». Environ 10 millards d'euros environ pour les établissements d'enseignement supérieur, et plus de 5 milliards (presque deux fois le budget annuel du CNRS) géré par l'ANR.

Il paraît indispensable d'analyser plus en détail ces propositions dans des articles ultérieurs. Mais rappelons d'emblée que, si l'ANR évalue les projets d'après la « pertinence économique pour les entreprises », l'Opération Campus obéit ouvertement à la même logique.

A ce sujet, Valérie Pécresse déclarait le 24 février à l'occasion de la présentation des projets de la seconde vague de l"Opération Campus  :

http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid23914/presentation-des-projets-seconde-vague-operation-campus.html

(...)

La dotation de l'Opération Campus, permettra de concrétiser, de faire sortir de terre la nouvelle université. Le gouvernement, qui considère l'enseignement supérieur et la recherche comme sa principale priorité, est bien au rendez-vous.

Après validation définitive par le jury, chaque projet recevra une part de ce financement inédit. Il est important que tout le monde comprenne qu'il s'agira, pour chacun, d'une dotation pérenne, une dotation en capital en quelque sorte.

Elle permettra de financer des partenariats publics-privés. Ce mécanisme permet, en effet, de couvrir non seulement l'investissement mais aussi la maintenance des bâtiments. C'est très important car cette question est un enjeu majeur pour les universités qui souffrent d'un défaut de maintenance de leurs bâtiments.

Enfin, comme vous allez le découvrir, je serai particulièrement vigilante au fait que les projets qui verront le jour soient des projets « complets » : avec des locaux pédagogiques et de recherche modernes et dotés de technologies de pointe, des cœurs de campus vivants et attractifs pour les étudiants, les chercheurs et toute la communauté universitaire, des projets de partenariats avec les entreprises et la recherche privée, des campus ouverts qui se transforment en véritables lieux de convivialité.

(...)

 

(fin de citation, source : site du Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche)

 

La recherche publique indépendante des intérêts privés semble bien être devenue une véritable cible de la politique gouvernementale des deux dernières décennies. Cette évidence n'a fait que s'affirmer au cours des années récentes. Et ce sont deux anciens premiers ministres de gouvernements qui ont considérablement contribué au processus de privatisation des services publics, qui à présent proposent des ingrédients essentiels de la poursuite accélérée de cette politique.


Source : science21.blogs
Par cgtup
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