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Mardi 23 février 2010 2 23 /02 /Fév /2010 23:34

Appelant à la régularisation des travailleurs en situation irrégulière, le film On bosse ici! On vit ici! On reste ici!, présenté lundi 22 février à la Cinémathèque à Paris avant d'être diffusé partout en France dans les salles de cinéma, est un manifeste politique court (3min30) mais puissant.

 

 

 

Près de deux ans après le début d'une grève inédite, au cours de laquelle des milliers de salariés sans papiers sont sortis de l'invisibilité, 350 cinéastes ont décidé d'apporter leur soutien à ces hommes et ces femmes qui contribuent à la richesse économique de la France sans en recevoir les contreparties, voire en risquant à chaque instant d'être interpellés et expulsés dans leur pays d'origine. Parmi eux, Chantal Akerman, Robin Campillo, Laurent Cantet, Costa Gavras, Claire Denis, Sylvain George, Nicolas Klotz, Jean-Henri Roger, Abderrahmane Sissako...

 

© Collectif des cinéastes pour les «sans-papiers», 2010.

Début février, la menace d'évacuation des grévistes occupant les locaux du Fonds d'assurance formation des salariés de l'artisanat du BTP (FAF-SAB), situés rue du Regard dans le VIe arrondissement de Paris, a constitué le déclencheur de ce projet collectif libre de droit. Réalisé dans l'urgence (trois semaines de tournage sur une vingtaine de piquets de grève, cinq jours de montage, un jour de mixage), le film est arrivé à la cinémathèque quelques heures avant la projection organisée lundi dans la soirée. Laurent Cantet, en attendant la copie: «Dans le film, il y en a un qui dit: “On est passés de sans-papiers à travailleurs sans papiers”, ça devient un conflit du travail.» «Le film, insiste-t-il, cite les boîtes comme Bouygues qui les font travailler, c'est important. Dans le métro par exemple, ces types font un boulot de forçat.» Son téléphone l'interrompt: il rit, car il vient de recevoir un appel de TF1 qui «demande un DVD pour le diffuser mardi!»

«Un travailleur sans papiers et un travailleur avec carte de séjour, écrivent les cinéastes dans un texte commun, c'est quoi la différence? Pas visible à l'œil nu, pas visible même avec une caméra. Et pourtant, ils sont là. Ils travaillent, ils construisent nos immeubles, réparent nos rues, posent les rails de nos tramways (...). Ils payent les cotisations sociales, l'assurance-chômage, la sécurité sociale, les impôts... Comme tout le monde. Alors, quelle est la différence? La différence, c'est qu'un “sans-papiers” au chômage ne touchera pas d'allocation. La différence, c'est qu'un “sans-papiers” cotisera pour la retraite mais n'en touchera jamais un centime... Les mêmes devoirs, mais pas les mêmes droits.»

Contacts avec les organisations patronales

À deux reprises, déjà, la profession s'est mobilisée en faveur des sans-papiers. En 2007, dans Laissez-les grandir ici!, des cinéastes avaient sensibilisé l'opinion publique au cas des enfants dont les parents sont en situation irrégulière, dans le sillage des actions menées par RESF (Réseau éducation sans frontière). Dix ans plus tôt, Nous, sans-papiers de France donnait la parole à Madjiguène Cissé, l'une des «sans-papières», selon son expression, de Saint-Bernard.

 

 

Laissez-les grandir ici!, 2007.
Nous, sans-papiers de France, 1997.

 

 

 La mobilisation des travailleurs sans papiers a connu différentes étapes. Lancée par la CGT et Droits devants en avril 2008, elle a d'abord concerné les employés des entreprises du bâtiment, du nettoyage, de la sécurité et de la restauration, susceptibles d'arrêter le travail en usant de leur droit de grève. Les intérimaires et les travailleurs isolés, notamment les femmes des secteurs de l'aide à la personne, se sont ensuite manifestés en se regroupant par branches professionnelles et en occupant, par exemple, les sièges patronaux correspondant à leur activité.


Selon la CGT, qui a aidé à constituer des centaines de dossiers de régularisation, 2.500 titres de séjour ont ainsi pu être obtenus. À partir d'octobre 2009, d'autres organisations syndicales (CFDT, FSU, Solidaires et Unsa) et associations (Cimade, Ligue des droits de l'Homme, RESF, Femmes égalité, Autremonde) ont apporté leur soutien, pour protester contre les inégalités de traitement d'une préfecture à l'autre. La circulaire Besson du 24 novembre 2009, supposée clarifier les critères de régularisation, n'a pas changé la donne.


Au contraire, selon la CGT, qui évalue à 6.000 le nombre actuel de grévistes (dont 1.300 intérimaires), «elle a empiré la situation en posant des exigences inacceptables». «Par exemple, souligne Francine Blanche, chargée du dossier à la confédération, les intérimaires doivent présenter, entre autres choses, un contrat de travail de trois mois, alors qu'on sait que la durée moyenne d'un contrat d'intérim est de neuf jours. Quant aux autres, ils doivent avoir travaillé douze mois d'affilée dans la même entreprise, alors qu'on sait que 5 millions de travailleurs changent d'emploi au moins une fois par an.» La circulaire, par ailleurs, laisse totalement de côté les salariés travaillant «au noir», c'est-à-dire sans contrat de travail ni fiche de paie.


Pour sortir de l'impasse, les organisations syndicales impliquées tentent, depuis plusieurs mois, de convaincre les représentants des employeurs de se mobiliser à leur tour. S'agissant d'un enjeu social, elles considèrent le ministre du travail comme leur interlocuteur privilégié. «Nous avons quelques contacts avec le ministère de Xavier Darcos, aucun avec celui d'Éric Besson», confirme Francine Blanche. Pourtant, il semble que le premier ministre ait tranché, en confiant le dossier au ministre de l'immigration. 


Source : Mediapart
Par cgtup
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