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Le même jour, un article de Marianne intitulé : « Facs : Pécresse préfère-t-elle la Bourse aux boursiers? » évoque notamment des déclarations, qui se veulent rassurantes, de responsables universitaires français à propos de la future gestion du patrimoine des universités « autonomes ». Mais quelle peut être la crédibilité de ce genre de déclarations, dans le contexte actuel où un nouveausystème se met en place ? C'est bien le système, qui a été à l'origine de la crise universitaire aux Etats-Unis.
Alors que Le Figaro relève que, pour le président de la Conférence des Présidents d'Universités (CPU), « la vraie logique de l'autonomie c'est aussi de laisser l'université autonome décider de son fonctionnement », l'Elysée diffuse le communiqué suivant : http://www.elysee.fr/documents/index.php?lang=fr&mode...
Communiqué suite à la rencontre avec les quinze présidents d'universités autonomes
Le Président de la République a longuement reçu ce matin quinze présidents d'universités autonomes. L'entretien,
très direct, s'est déroulé dans une excellente ambiance et a permis de faire un tour d'horizon complet de la mise en place de la réforme des universités, lancée en 2007 à travers la loi LRU.
Les présidents d'université ont évoqué les simplifications des procédures administratives auxquelles il faut désormais procéder pour que les universités et leurs personnels puissent consacrer
toute leur énergie à la mise en place de projets stratégiques novateurs.
Tous ont fait part de leur volonté d'avancer rapidement sur le dossier de la propriété du patrimoine.
La plupart des présidents présents ont aussi manifesté leur accord pour accroître le rôle des personnalités qualifiées au sein de leurs conseils d'administration.
Le Président de la République leur a renouvelé son engagement à faire avancer sans faiblesse la réforme des universités, qu'il considère comme une réforme majeure pour l'avenir du pays. Il leur a
indiqué qu'il était entièrement ouvert à leurs propositions, qu'il n'y avait pas de tabous ni de questions fermées. Il leur a assuré que les choix des projets financés par le grand emprunt
étaient ouverts. Le chef de l’Etat a souhaité sur ce dossier que les choses aillent vite dès que le Parlement se sera prononcé et il veut que les premiers projets soient sélectionnés avant la fin
de l'année.
(fin du communiqué de l'Elysée du 15 janvier)
Le gouvernement a promis des règles de gestion très prudentes pour les patrimoines universitaires de droit privé qui seront artificiellement constitués avec l'argent du « grand emprunt ». Mais la réalité est que, dès lors que l'on rentre dans la logique des universités « autonomes » avec des fonds propres capitalisés (endowments), des « pouvoirs forts », de la concurrence... rien ne pourra protéger la gestion des universités françaises.
C'est la logique du système, qui conduira inévitablement à des crises comme celle que connaissent actuellement les universités des Etats-Unis. Mais la situation est pire en France, comme le met en évidence le critère de « pertinence économique par rapport aux entreprises » affiché par l'ANR pour le financement des programmes de recherche. Voir nos articles :
MDRGF, CNRS et "pertinence économique pour les entreprises"
CNRS, "valorisation" et privatisation de la recherche publique
Nicolas Sarkozy et les universités "autonomes" (I)
Un problème essentiel, directement liée à la gestion des établissements et des moyens, est celui de l'indépendance des scientifiques par rapport aux intérêts privés. Or, les actuels « décideurs » français entreprennent de démanteler des organismes publics de recherche comme le CNRS, alors que Barack Obama préserve et renforce leurs équivalents aux Etats-Unis.
Le même type de problèmes se pose en ce qui concerne l'évaluation. Sur son site, l'AERES se définit ainsi :
http://www.aeres-evaluation.fr/-Presentation-
Installée en mars 2007, l’AERES est une autorité administrative indépendante (AAI). Elle réalise l’évaluation des établissements et des organismes, des unités de recherche, des formations et des diplômes de l’enseignement supérieur, dans une approche intégrée qui fait son originalité. (fin de citation)
L'AERES pratique une évaluation bibliométrique, basée sur les publications dans des revues privées et payantes classées d'après leur influence. Le fichage « managérial » et lobbiste se substitue ainsi à l'évaluation scientifique circonstanciée.
D'autant plus, que la crise financière des universités US est intervenue quelques années après la crise scientifique des résultats faux ou falsifiés publiés dans les revues dites « avec comité de lecture » les plus « prestigieuses ». Voir notre article : Hwang Woo-Suk, le lobbying et la fraude scientifique (I)
Si les revues papier payantes étaient indispensables à la diffusion des articles scientifiques il y a encore quelques décennies (mais la circulation des preprints les court-circuitait déjà dans l'après-guerre), à présent la situation a complètement changé.
Les archives électroniques de publication immédiate et d'accès gratuit permettent de nos jours une circulation bien plus efficace des résultats scientifiques. Avec, de surcroît, la possibilité pour l'auteur d'ajouter à tout moment une nouvelle version, révisée ou élargie, de son article.
Rien, dans ce début du XXI siècle, ne justifie le maintien de la traditionnelle marchandisation de la diffusion des résultats scientifiques. Encore moins, la mise en place d'une évaluation basée sur cette marchandisation.
Globalement, le système universitaire et de recherche français évolue très rapidement vers un « tout privé » dont le contrôle effectif, à terme, ne pourra appartenir qu'aux milieux financiers et aux grandes multinationales. Quelques coupoles influentes en seront bénéficiaires, mais pas le pays dans son ensemble.
L'Union Européenne suit la même évolution depuis l'adoption de la stratégie de Lisbonne en mars 2000. Le processus de Bologne contribue également à cette démolition du secteur public de l'éducation et de la recherche, que les négociations en vue de la création de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) avaient commencé à préparer déjà dans les années 1980.
En revanche, jamais un tel pas n'a été franchi aux Etats-Unis, où la recherche fédérale continue à jouer un rôle dirigeant et a vu sa situation renforcée encore en 2009. A différence de l'évolution récente des pays de l'Europe occidentale, l'Etat US préserve son rôle dirigeant et celui de ses organismes publics.