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Lundi dernier, Nicolas Sarkozy a justifié la mise en cause du rôle du CNRS et des autres établissements publics à caractère scientifique et technologique (EPST) par un argument dont, pour le moins, la logique ne paraît guère évidente :
« Pendant des décennies, le CNRS et les grands organismes de recherche ont brillamment rempli la mission que la Nation leur avait confiée. (...) Mais dans le monde moderne, les applications de la science ont une valeur de plus en plus forte pour le développement économique et la croissance. La France ne peut se tenir en retrait de cette évolution, car il en va de sa capacité à rester une grande puissance. »
L'importance des « applications de la science » (sic!) serait-elle donc une nouveauté de la période récente ???
C'est précisément pour veiller à la cohérence de sa politique en matière scientifique et technologique à l'échelle fédérale que, depuis des décennies, la « grande puissance » US préserve et renforce les organismes publics de recherche des Etats-Unis équivalents du CNRS et des autres EPST français.
Et si telles sont les « applications de la science », pourquoi a-t-on délocalisé pendant deux décennies la recherche et la haute technologie, et pourquoi un tel processus se poursuit-il encore ?
Pourquoi cette politique de précarisation du travail de chercheur, poursuivie en France depuis les années 1980 et qui n'a cessé de s'aggraver après les élections de mai 2007 ?
Mais ce n'est pas tout. Dans nos articles :
Coordination Nationale des Universités : un calendrier pour janvier 2010
CNRS, "valorisation" et privatisation de la recherche publique nous avions entrepris d'analyser le discours de Nicolas Sarkozy du 11 janvier sur l'éducation et la recherche. Nous nous proposons ici de poursuivre cette analyse par les extraits qui suivent de la même intervention (source : site de l'Elysée) : http://www.elysee.fr/documents/index.php?lang=fr&mode...(...)
... Aujourd’hui, la filière scientifique concentre la très grande majorité des meilleurs élèves, mais elle se révèle incapable de former le nombre de scientifiques dont notre pays a besoin. On doit être dans la filière sciences parce qu’on a envie de faire des sciences, pas parce que c’est la filière où les bons élèves se trouvent, sacrifiant ainsi la moitié de ceux qui n’y sont pas. Ce n’est pas possible de continuer comme cela. La plupart des élèves qui s’y inscrivent aujourd’hui ne s’orientent pas ensuite vers les formations scientifiques. La filière science doit redevenir une véritable filière scientifique et, ainsi, enrayer la désaffection pour les sciences que j’évoquais il y a un instant.
(...)
Mesdames et Messieurs, le constat était partagé par tous : l’organisation de notre enseignement supérieur n’était pas à la mesure des enjeux qui sont ceux du XXIème siècle. Le malaise était profond, il venait de loin et ne pouvait se résumer à une demande de moyens supplémentaires. Même si les moyens manquaient, ce n’était pas le seul problème. C’est bien le manque de réformes, différées depuis des années, qui sclérosait progressivement l’université et la recherche françaises. Car si elles restaient encore aussi performantes, malgré les rigidités et les pesanteurs qui les entravaient, nous le devions à l’engagement et au talent de ceux qui y travaillent, les enseignants-chercheurs, les personnels administratifs et techniques.
(...)
Le retour aux priorités du savoir, voici l’objectif qui a présidé à la mise en oeuvre de la loi relative aux Libertés et aux Responsabilité des Universités (LRU), entrée en vigueur grâce au travail très remarquable de Valérie PECRESSE. Eh bien les universités françaises sont aujourd’hui autonomes, enfin ! Y a-t-il un seul pays où les universités réussissent sans l’autonomie, sans la liberté de se gouverner, la capacité de se gérer elles-mêmes, pour servir au mieux leurs projets d’enseignement et de recherche ? (...)
Certains redoutaient que les présidents d’université ne disposent d’un pouvoir excessif ; d’autres agitaient la menace d’universités livrées aux intérêts privés ; d’autres enfin prophétisaient que les humanités et les sciences sociales seraient marginalisées.
Deux ans et demi après, ces inquiétudes se sont révélées sans fondement. (...)
Les Présidents d’universités et leurs conseils d’administration ont compris tous les avantages que leurs universités pouvaient retirer de cette autonomie : souplesse dans la gestion, liberté de faire des choix mieux adaptés à l’environnement, meilleure réponse aux attentes des étudiants, liberté de créer des emplois, - oui, de créer des emplois, comme ont pu le faire un certain nombre d'universités avisées -, possibilité de mieux rémunérer les personnels scientifiques et administratifs.
(...)
Comme l’ont récemment suggéré un certain nombre de responsables universitaires, je trouve par exemple qu’il n’est pas normal que tous les membres des conseils d'administration d’universités autonomes, y compris les personnalités extérieures, ne puissent participer à cet acte décisif qu'est l’élection du président d’université.
(fin des extraits du discours de Nicolas Sarkozy du 11 janvier 2010)
Un premier constat nous semble d'imposer. Nicolas Sarkozy ignore systématiquement, entre autres :
i) le rôle des filières « gestionnaires », et de leur hégémonie professionelle et sociale imposée par le système en place, dans le prétendu « découragement » des étudiants par rapport aux filières scientifiques ;
ii) les conséquences de deux décennies de délocalisations de l'industrie, de la recherche et de la haute
technologie ;
iii) les conséquences tout aussi destructrices de la marchandisation de l'éducation, contre lesquelles Barack Obama tente actuellement de réagir aux Etats-Unis ;
iv) idem en ce qui concerne la stratégie de dumping social et de « grand marché de la main d'oeuvre
intellectuelle » à l'échelle européenne et planétaire ;
v) la crise actuelle des établissements universitaires et scolaires des Etats-Unis, à cause précisément de leur
tant vantée « autonomie » (Harvard étant une université privée), de leur situation de concurrence et de leur gestion par des coupoles en cercle restreint.
i) les financements de l'Agence Nationale de la Recherche (ANR) sont attribués d'après « la pertinence économique par rapport aux entreprises » ;
ii) une communication du dernier Conseil des Ministres concernant la « valorisation » confirme une politique visant à imposer à la recherche publique un partenariat avec le secteur privé pour l'obtention de crédits et d'autres avantages ;
iii) les priorités du « grand emprunt » pointent dans la même direction.