Jeudi 19 novembre 2009 4 19 /11 /2009 00:42
Deux études, rendues publiques fin octobre, mettent en évidence l’ampleur du malaise enseignant et la nécessaire revalorisation de ce métier. Le constat aurait de quoi démotiver plus d’un candidat aux concours de l’enseignement à l’heure où la réforme de la masterisation entre dans sa seconde année de contestation.
Les anciens sont déprimés et les jeunes pas assez payés... Voilà à quoi ressemble le monde enseignant aujourd’hui, selon deux rapports sur la profession qui viennent d’être publiés à quelques jours d’intervalle. Des données susceptibles de mettre à mal la vocation des enseignants de demain.

 

Dossier réalisé par Céline Manceau – 13 novembre 2009

source : Educpros

93 % des professeurs se sentent mal aimés

Dans le détail, les chiffres sont implacables. L’enquête 2009 sur le métier de prof, effectuée par le ministère de l’Éducation nationale auprès de 1 200 enseignants du second degré dans les collèges et lycées publics, donne un aperçu vertigineux du malaise enseignant. 93 % d’entre eux s’accordent à dire que ce malaise existe bel et bien. 67 % affirment se sentir personnellement concernés par ce malaise (soit un taux en progression de 14 points par rapport à l’enquête de 2005). Avant même les conditions de travail ou de rémunération, c’est surtout d’absence de reconnaissance professionnelle dont ils souffrent. À tel point qu’un quart environ (27 %) projettent d’arrêter d’enseigner en collège ou lycée.

Une baisse des candidatures aux concours d'enseignants

Ce constat qui affecte « l’attractivité du métier », selon le député UMP Dominique Le Mèner, arrive « au plus mauvais moment ». Ce dernier, dans un avis budgétaire pour le projet de loi de finances 2010, s’est attelé à la revalorisation du métier d’enseignant. Il juxtapose ces données avec les 135.000 enseignants qui partiront à la retraite d’ici à 2012 et la baisse du nombre de candidats aux concours de l’agrégation et du CAPES, « respectivement de 33 % et 36 % entre 2005 et 2009 ». D’où la préconisation d’une série de mesures pour stimuler le moral et le porte-monnaie des profs, notamment en début de parcours : augmenter le salaire la première année, rémunérer des missions autres que l’enseignement (la coordination pédagogique par exemple), créer une sorte de numerus clausus pour que les jeunes recrues soient affectées dans « des établissements offrant des conditions convenables de premier exercice », autoriser le cumul d’activités, etc.

Des primes contre la déprime des enseignants

Ces propositions viendront, pour certaines, compléter à la rentrée 2010 les diverses aides déjà mises en place par le gouvernement depuis deux ans pour améliorer le quotidien des enseignants (cf. encadré ci-après). Celles-ci représentent actuellement près d’un demi-milliard d’euros et le gouvernement a annoncé vouloir aller plus loin. Dès septembre 2009, Luc Chatel a promis une revalorisation du salaire des enseignants pour la prochaine rentrée, ajoutant qu’il porterait ses efforts sur les jeunes profs. Ces derniers, parmi les dispositifs existants, bénéficient à la fois des aides applicables à toute la profession (comme celles concernant les heures supplémentaires) et de mesures spécifiques telles que la prime d’entrée. Versée pour la première fois selon le gouvernement depuis la rentrée 2008 (bien qu’existait auparavant une prime d’installation), cette prime a été fixée à 1.500 €. Dominique Le Mèner recommande qu’elle puisse comprendre une partie fixe et une partie indiciaire, ce qui permettrait d’augmenter son montant jusqu’à 3.000 €. Autre mesure destinée aux jeunes profs (mais dont peuvent également bénéficier les enseignants mutés dans une autre académie) : le prêt à taux zéro d’un montant de 30.000 € pour acheter un logement. Un prêt accordé depuis septembre 2009 et dont il est trop tôt pour mesurer l’impact estimé par le ministère à un millier d’enseignants.

À travail égal, salaire inégal pour les enseignants européens

L’argent suffira-t-il à endiguer une crise des vocations ? Il va en tout cas devenir l’une des préoccupations essentielles des étudiants qui se destinent aux métiers de l’enseignement, au moment où l’État leur demande de s’engager pour cinq ans d’études, avec un salaire en début de carrière largement inférieur à celui de leurs confrères européens. « Le salaire annuel d’un professeur débutant français s’élève à 23.642 $. Il se situe autour de 29.000 $, soit 25 % de plus, pour la moyenne des pays de l’OCDE. En Allemagne, il atteint 43.000 $, près du double », rappelle Éric Charbonnier, expert de l’OCDE, interviewé par NousVousIls. « Aujourd’hui, en France plus qu’ailleurs, poursuit-il, un professeur débute dans des classes difficiles. Il faut donc revaloriser le salaire des jeunes enseignants. Les 100 € proposés par le gouvernement constituent une base de départ, mais il faudrait davantage. »

Des études trop longues pour parvenir au métier d'enseignant ?

L’argent n’est pas seulement une préoccupation en bout de course. Son absence peut aussi se faire sentir au cours des cinq années d’études non rémunérées (excepté pour les élèves de master qui réussissent à obtenir une bourse). L’Académie des sciences vient, à son tour, de rendre un rapport, fin octobre 2009, dans lequel elle préconise « la mise en place d’un dispositif contractuel d’allocataire dès la licence (L2) ». Une proposition pour soutenir « l’arrivée de jeunes de bon niveau, attirés par l’enseignement mais que dissuade la longueur des études ». L’Académie revient par ailleurs sur l’un des principaux points d’achoppement de la réforme : « la concentration des concours sur la seconde année de master (M2) [qui] pose de grandes difficultés ». Pour beaucoup d’universitaires, conjuguer la préparation d’un M2 et celle d’un concours conduirait les jeunes à privilégier d’abord leur master, pour passer l’année suivante le concours. Ce qui, de fait, porterait à bac+6 le niveau de formation des futurs enseignants. Au regard des perspectives actuelles de carrière, voilà de quoi y réfléchir à deux fois avant de s’engager ! Et de faire redescendre dans la rue, pour la journée de mobilisation du 17 et la grève du 24 novembre, les contestataires de la réforme.

100 % des  enseignants de demain sont dans l’incertitude

Réunies, fin octobre, à Paris, la Coordination nationale de la formation des enseignants et la Coordination nationale des universités (qui représente vingt établissements) ont annoncé en chœur qu’elles repartaient en campagne. Elles s’opposent tout autant à la réforme (prévue pour la rentrée 2010) qu’aux mesures transitoires (effectives depuis la rentrée 2009). Outre le positionnement du concours, elles sont très hostiles à la formation postconcours. Pour les syndicats, ce qui est prévu (un tiers du temps en formation continue la première année) est largement insuffisant et signerait la mort des IUFM. Le mot d’ordre est donc de ne pas faire remonter les maquettes des masters. Pour les étudiants inscrits aujourd’hui à l’université et désirant passer les concours de l’enseignement, leur avenir professionnel est, depuis deux ans, bien incertain.

Les salaires des enseignants en Europe

Les feuilles de paie des enseignants sont extrêmement variables, car au traitement fixe s’ajoutent les primes, les heures supplémentaires, les indemnités... Le comparatif ci-dessous porte sur « le salaire statutaire annuel des enseignants en début de carrière en 2007 ».


Pays             
 Ecole Primaire     Collège     
     Lycée    
France 23 640 26 019 26 294
Belgique (fr) 28 369 28 369 35 260
Angleterre 30 172 30 172 30 172
Allemagne 43 387 47 936 51 512
Grèce
26 326 26 326 26 326
Italie 24 945 26 877 26 877
Luxembourg 49 902 71 883 71 883
Moyenne OCDE 28 687 31 000 32 183
Moyenne UE (19 pays) 29 518 31 691 32 946


NB : le salaire en début de carrière correspond au salaire annuel moyen brut des enseignants des établissements publics travaillant à temps plein et ayant le niveau de formation minimale requis pour commencer à enseigner, indiqué selon le niveau d’enseignement, en équivalents dollars US convertis sur la base des parités de pouvoir d’achat.
Source : avis budgétaire pour le projet de loi de finances 2010, Dominique Le Mèner, d’après l’OCDE, « Regards sur l’éducation 2009 ».



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Indemnité de 400 € pour les pr: ofesseurs des écoles réalisant les évaluations de CE1 et de CM2, revalorisation de l’indemnité de professeur principal en lycée professionnel, garantie individuelle du pouvoir d’achat pour 32.000 bénéficiaires, etc. Les aides accordées aux enseignants depuis deux ans s’apparentent à un inventaire à la Prévert. Elles touchent toutes les catégories, permettant à chacun d’être servi... un peu, beaucoup ou pas assez. Selon les syndicats, 75 % de ces aides seraient concentrées sur le secondaire. Et une partie d’entre elles dépend de la volonté de travailler plus pour gagner plus. C’est le cas de la prime spéciale de 500 € pour les enseignants du secondaire effectuant trois heures supplémentaires par semaine tout au long de l’année (ce que tous ne veulent pas faire) ou de la majoration de 25 % du taux des HSE (heures supplémentaires dites effectives) dont l’attribution est laissée à la discrétion des proviseurs (dont tout le monde, donc, ne profite pas). La hausse de l’indemnité de correction des copies du bac a, elle, en revanche, soulevé moins de débats au moment où le ministère annonçait la reconquête du mois de juin. Celle-ci est passée, pour la session 2009, de quelques centimes d’euro à 5 € la copie. L’enterrement des menaces de rétention des notes avait donc un prix ?

 

 

Par cgtup
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