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Mercredi 6 octobre 2010 3 06 /10 /Oct /2010 14:53

Quelques articles de Politiis du Jeudi 7 octobre 2010

 


Le gros mensonge d'Éric Woerth

 

Le ministre du Travail affirme que la France est le pays d'Europe le plus généreux en matière de retraite. Rien n'est plus faux, comme le démontrent plusieurs études. Décryptage

«La France ne peut pas continuer à être le pays d'Europe avec l'âge de départ à la retraite le plus bas. Nous allons donc progressivement passer de 60 à 62ans d'ici à 2018 », affirme dans les médias le ministre du Travail, Éric Woerth, sans être repris ni contredit. Et d'ajouter: « La France conservera le système le plus généreux et le plus protecteur d'Europe (1). » Les exemples espagnol et allemand sont convoqués pour montrer qu'on y travaille plus longtemps qu'en France, jusqu'à 65ans et bientôt 67ans. Éric Woerth n'a pas retenu dans ses comparaisons l'âge effectif de départ à la retraite des salariés. Or, les écarts entre pays européens y sont plus faibles. En France, l'âge moyen de départ à la retraite est passé à 61,5ans en 2009, selon la Caisse nationale d'assurance vieillesse; en Allemagne, il était à 61,7ans en 2008, et en Espagne à 62,9ans la même année. Éric Woerth néglige aussi le fait que l'âge de référence est l'âge de départ à taux plein. Ainsi, en France, il faudra 41ans de cotisation en 2012 pour une retraite à taux plein, alors qu'en Allemagne et en Espagne, la durée de cotisation est de... 35ans. En vérité, le système français est loin d'être le plus avantageux dans l'Union européenne, et il risque même d'être très régressif avec le projet de réforme en débat au Sénat. La Commission européenne a ainsi anticipé les réformes dans une étude (2) et montré que la France est l'un des pays d'Europe qui a prévu de réduire le plus ce qu'on appelle le taux de remplacement des retraites, c'est-à-dire le rapport entre la pension que touche un retraité et son salaire au moment où il part en retraite. Loin de la générosité protectrice promise par le ministre.

 

(1)   Direct Matin du 29 septembre.

(2)    « Updates of Current and Prospective Theoretical Pension Replacement Rates 2006-2046 », juillet 2009.

 

  

Écouter le peuple ? Vous plaisantez !

RETRAITES La commission des Affaires sociales du Sénat apporte quelques modifications marginales au projet de réforme mis en débat. Mais pour l'essentiel, il reste identique aux volontés de Sarkozy.

C'est promis-juré, le Sénat va rendre la réforme « la plus équitable possible », a déclaré Gérard Larcher, président de la Haute Chambre. Sauf coup de théâtre, les sénateurs, qui examinent depuis mardi le projet de loi sur les retraites, n'ont prévu de modifier qu'à la marge un texte tout aussi injuste que celui adopté à l'Assemblée nationale à la mi-septembre. Ainsi en a décidé la commission des Affaires sociales du Sénat, réunie les 28 et 29septembre pour amender le projet de loi, afin, était-il annoncé, « de renforcer les dispositifs de solidarité en faveur des plus fragiles » . Or, bien loin des grandes «avancées » dont se félicitait Éric Woerth à l'issue des trois jours de travaux, le coeur de la réforme est maintenu. Ni les bornes d'âge ni la durée de cotisation n'ont été retouchées. Les propositions tant attendues sur les inégalités de retraite entre hommes et femmes seront réduites à leur plus simple expression pendant les dix jours de débat. Tout juste le gouvernement a-t-il promis de s'attaquer aux inégalités de... salaires :«Les entreprises seront certes obligées de conclure un accord sur l'égalité salariale hommes-femmes, mais il n'y aura pas de sanction si elles ne le respectent pas, donc ça ne changera rien » , explique Martine Billard, députée du Parti de gauche. Enfin, la question de la pénibilité a été évacuée par la commission des Affaires sociales. Il faut dire que ses 56 membres ont eu droit à deux invités de marque : Georges Tron, secrétaire d'État à la Fonction publique, et Éric Woerth, ministre du Travail, qui n'ont pas hésité à « sécher » le Conseil des ministres du mercredi matin pour venir en personne veiller au grain : «Depuis la réforme de la Constitution voulue par Nicolas Sarkozy, les ministres peuvent assister aux commissions parlementaires, ce qui avait déjà été le cas de Roselyne Bachelot pour la réforme de l'hôpital, explique la sénatrice PC Annie David, dont le groupe a déposé 600 amendements. Si ça montre une certaine fébrilité du pouvoir, qui, malgré ce qu'il dit, voit bien que les manifestations sont importantes, ça pose quand même un sacré problème de démocratie ! » Au point de créer un incident au premier jour des discussions, le rapporteur de la commission des Affaires sociales, l'UMP Dominique Leclerc, retirant tous ses amendements en catastrophe au prétexte qu'ils étaient « mal écrits »... pour les représenter quelques heures plus tard, après s'être fait taper sur les doigts par les ministres. « Le rapporteur voulait ajouter deux amendements sur la retraite par capitalisation, raconte Annie David. Le premier demandant aux caisses de retraite d'envoyer une information sur les assurances privées, l'autre, de lancer une étude sur la retraite par points. C'était dire un peu trop haut ce que le gouvernement pense tout bas...» C'est dans cette atmosphère électrique que 142amendements issus du groupe UMP ont été finalement déposés à l'issue de la commission. Parmi toutes les victimes de la réforme, ce sont les travailleurs handicapés qui semblent s'en tirer le mieux : les sénateurs de la majorité proposent d'élargir l'accès à la retraite à Suite page 8

 


 

Les propositions tant attendues sur les inégalités de retraite entre hommes et femmes sont réduites à leur plus simple expression. YACONO/AFP« On a grappillé quelques centimètres, alors qu'il nous faudrait avancer de cent kilomètres. »

 

 

Et si on abordait le problème autrement !

 

Les «think tank» de la gauche alternative, Attac et la Fondation Copernic, nous invitent à poser le débat sur les retraites en interrogeant la répartition des gains de productivité.

Le débat sur la retraite est aussi un débat sur un choix de vie et la place du travail dans notre société. En tout cas, ce devrait être le débat. C'est peu dire que cette réflexion a été interdite par le gouvernement. Comme c'est souvent le cas, cette réflexion a été menée par nos « think tank » de la gauche alternative, Attac et la Fondation Copernic. L'une et l'autre nous mettent en garde contre la confusion, sciemment entretenue, entre 2010 productivisme et productivité. La productivité augmente, c'est un fait qui résulte mécaniquement des progrès technologiques, et notamment de l'informatique. Continuer à travailler autant, et même plus, avec une productivité qui croît sans cesse, c'est céder à un productivisme sans fin qui dégage des profits de plus en plus importants pour les actionnaires, mais qui s'inscrit dans un cercle vicieux de consumérisme mortifère pour l'environnement, et de subordination de l'individu au travail et à l'entreprise. La logique de ces gains nouveaux de productivité va donc dans le sens de l'augmentation des salaires et de la réduction du temps de travail. C'est évidemment la fameuse religion de la croissance qui est en cause.

 

Comme le notent justement Attac et la Fondation Copernic dans leur opusculeRetraites, l'heure de vérité (1), « la question centrale posée à travers le débat sur les retraites est donc celle de la répartition des gains de productivité » . Du point de vue de l'organisation de la société, c'est la répartition entre le travail et le capital qui est en jeu, c'est-à-dire entre les salaires et les dividendes des actionnaires. Et c'est aussi la répartition du travail entre les salariés âgés et les jeunes. C'est donc un instrument de lutte contre le chômage. Du point de vue de l'individu, c'est la répartition entre temps libre et travail. Si le « travailler plus » de Nicolas Sarkozy vise à renforcer le lien de dépendance du salarié à l'entreprise et à ses actionnaires, le « travailler moins » aurait une portée émancipatrice. C'est pourquoi la question des retraites est étroitement liée à la question de la réduction du temps de travail. Toujours selon Attac et la Fondation Copernic, une conception solidaire de la retraite aurait pour objectif « de maintenir une parité de niveau de vie entre actifs et retraités » . D'où la nécessité d'une indexation des pensions sur les salaires nets. Dans l'opuscule cité, Attac et Copernic proposent un « taux de remplacement » (il s'agit du rapport entre retraite et salaire) de 75% en moyenne. Avec un taux inférieur pour les hauts revenus, et pouvant aller jusqu'à 100% pour les revenus les plus faibles. On aurait ainsi une répartition des richesses entre les taux de retraite. Les retraités ayant eu de très hauts revenus affichant une solidarité avec les retraités qui ont reçu de petits salaires. Enfin, d'autres mesures devraient être prises pour éviter que le travail précaire ne se traduise par de nouvelles inégalités quand vient l'âge de la retraite. Attac et la Fondation Copernic suggèrent ainsi que les périodes de chômage et d'études soient prises en compte pour la retraite, et qu'aucune pension ne soit inférieure au Smic.

 

 _D. S.(1) Retraites, l'heure de vérité, Attac et Fondation Copernic, éditions Syllepse, 172 p., 7 euros.

 
 

Une conception solidaire de la retraite aurait pour objectif « de maintenir une parité de niveau de vie entre actifs et retraités ». YACONO/CITIZENSIDE.COM

 

 Pourquoi un référendum ?

Nous avons publié il y a deux semaines un appel d'une vingtaine de personnalités du monde politique et associatif en faveur d'un référendum sur les retraites. Il s'agit d'une exigence démocratique. Quand plus de deux millions de personnes sont dans la rue, et que les sondages montrent un taux de soutien de 71% de l'opinion aux manifestations, c'est qu'il y a pour le moins un problème de démocratie. Un référendum signifierait en préalable l'interruption du processus d'adoption parlementaire de la réforme des retraites. Il signifierait la remise à plat de tout le dossier, et l'ouverture d'un grand débat sur cette question. L'absence de démocratie n'est jamais innocente. Il s'agit cette fois d'imposer une conception strictement comptable, et d'une comptabilité socialement injuste, de la réforme. Nous montrons ici, avec nos amis d'Attac et de la Fondation Copernic, et avec le livre de Jean Gadrey qui paraît cette semaine, lequel aborde bien d'autres aspects, qu'il s'agit d'un débat de très grande ampleur qu'une société démocratique digne de ce nom ne peut pas interdire._D. S.

 

 

Être retraité dans une société soutenable

 

Dans un essai, l'économiste Jean Gadrey réfute la croissance comme remède à tous les maux. Dans cet extrait, il montre comment on peut maintenir la retraite à 60 ans en favorisant une société plus écolo.

Adieu à la croissance. Bien vivre dans un monde solidaire, Jean Gadrey, Les petits matins/ Alternatives économiques, 192 p., 15 euros.Pour pouvoir être accepté et si possible désiré, un projet de société soute nable doit garantir une bonne protection sociale pour tous. L'année 2010 étant celle de tensions sur les retraites, et les années à venir ayant de bonnes chances d'être marquées par un débat perpétuel sur la protection sociale, tentons d'aborder ces questions, dans le cas des retraites, en quittant le registre purement économique et « croissanciste » qui les pollue gravement. L'avenir des retraites est en effet encore trop souvent questionné en oubliant complètement un des risques à venir, qui a déjà commencé à se manifester : l'impact de la crise écologique sur l'humanité.

 

Les divers scénarios de financement des retraites d'ici à 2050 supposent presque tous (il existe de rares réflexions alternatives, par exemple au sein d'Attac) une croissance économique infinie. On nous dit souvent, y compris à gauche, que, dès lors que la « richesse nationale » à population identique serait, par exemple, deux fois plus importante en 2050 qu'en 2010 (soit une croissance moyenne de 1,8 % par an), il n'y aurait pas de vrai problème de financement à terme : si le « gâteau » grossit, on peut en distribuer une plus grande part aux retraités, dont le nombre relatif augmente, sans rien retirer à personne, voire avec une progression du pouvoir d'achat des actifs.

 

La croissance comme remède magique à toutes les inégalités et injustices : c'est cet argument que le capitalisme a constamment servi aux peuples au cours du XXe siècle afin de se faire passer pour le meilleur des systèmes. Il serait temps de s'interroger sur le paradoxe qui consiste à défendre l'environnement des « générations futures » à propos du réchauffement climatique et à l'oublier lorsqu'il est question de leurs retraites à long terme. Nous tenions tous de tels raisonnements sur les retraites et la croissance, il y a quelques années. Mais bien des choses que nous ignorions ou considérions alors comme secondaires sont apparues depuis comme proprement vitales. Il est grand temps de les intégrer.

 

Les retraités du futur n'ont pas besoin d'une croissance qui va leur pourrir la vie, mais de partage des richesses et de réduction des inégalités. Pas seulement les richesses marchandes. Le pouvoir d'achat des retraites, c'est très important, surtout pour les petites et moyennes retraites, qu'il faut absolument défendre contre la régression programmée (qui a déjà commencé). Mais il faut aussi développer des services hors logique marchande (santé, culture et sport, transports collectifs...) et l'accès à des richesses non économiques (liens sociaux, participation citoyenne, richesses naturelles...) pour fonder le « bien-vivre » des retraités dans un monde soutenable. En isolant le pouvoir d'achat, on confond le « pouvoir de bien vivre » avec ce qu'on peut se payer, on conforte la marchandisation du monde version troisième âge. Aurions-nous déjà oublié le manifeste de nos amis antillais pour « les produits de haute nécessité (1) » ? Voici quelques pistes pour raisonner autrement. Il faudrait : 1. Privilégier les ingrédients du bien-vivre des retraités dans une société soutenable. Ce sont à peu près les mêmes que pour les actifs (à l'exception du travail rémunéré). S'agissant par exemple du « grand âge », l'association Babayagas milite pour des modes de vie fondés sur quatre piliers, qui sont leurs « produits de haute nécessité » : autogestion, solidarité, citoyenneté et écologie. Cela implique certes des ressources financières, mais de façon sobre et partagée. Pourquoi ne pas mobiliser des valeurs semblables pour l'ensemble des retraités ? 2. Fixer un revenu maximum pour tous les citoyens, actifs ou retraités, défini comme multiple raisonnable d'un revenu minimum décent pour en finir avec la pauvreté monétaire, dont celle des seniors (notamment les femmes). Ce serait économiquement, socialement et écologiquement efficace. 3. Réfléchir à la fois au financement des pensions et à celui de services collectifs gratuits ou fortement subventionnés, publics ou associatifs, dédiés à l'amélioration de la qualité de vie des seniors et à leurs activités dans la cité, ce qui serait décisif pour les personnes à revenus modestes. 4. Produire des richesses et des valeurs économiques autrement, sans croissance quantitative, en réduisant la part du futile au bénéfice de l'utile, avec une progression de la qualité et de la durabilité, sources de valeur ajoutée et d'emplois. Une société de plein-emploi sans croissance des quantités est possible, en combinant montée en durabilité, partage équitable du travail et réduction des inégalités (2). 
 

« En isolant le pouvoir d'achat, on confond le pouvoir de bien vivre avec ce qu'on peut se payer. Aurions-nous déjà oublié le manifeste de nos amis antillais pour les produits de haute nécessité ? » COPPEE/AFP

 

Or, le pleinemploi est un atout majeur pour le financement des retraites. 5. Maintenir le droit à une retraite de bonne qualité à 60 ans. Ceux qui défendent cet acquis ont d'excellents arguments. Ajoutons-en un : l'écologie. La retraite à 60 ans reste un outil majeur à la fois de partage du temps de travail (quand il y a quatre à cinq millions de personnes au chômage ou en sous-emploi) et de relativisation de l'emprise excessive du travail et de l'économie sur la vie et sur la nature. Ce ne sont pas les activités bénévoles d'utilité sociale et écologique qui manquent pour les « seniors associés ». 6. Dresser un bilan des dizaines de milliards récupérables annuellement sans croissance quantitative en prenant l'argent là où il est, en particulier dans l'excès de profits. 7. Enfin, intégrer dans le raisonnement une piste oubliée : celle de l'égalité des femmes et des hommes devant l'emploi de qualité et devant les salaires. Des politiques publiques peuvent ici être très efficaces. Tendre vers l'égalité professionnelle des femmes et des hommes, objectif ignoré par le Conseil d'orientation des retraites, serait une énorme source de richesses économiques, avec à la clé des emplois socialement utiles. Cela permettrait d'ajouter plusieurs dizaines de milliards d'euros au financement de la protection sociale, selon l'estimation proposée par Christiane Marty (3).

 

 © Les petits matins/ Alternatives Économiques(1)

http://kinoks.org/spip.php?article345#outil_sommaire (2) Voir aussi le blog d'Alain Lipietz « Climat, emploi, même combat ». (3) Voir son analyse sur mon blog [www.alternativeseconomiques.fr/blogs/gadrey], texte du 25 avril 2010.

 

 

Les retraités du futur n'ont pas besoin d'une croissance qui va leur pourrir la vie, mais de partage des richesses et de réduction des inégalités.

 



 

 

 


 

Par cgtup
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