Partager l'article ! CNRS, universités, fonctionnaires et liquidation des « classes moyennes »: Le 9 juillet, la une du Monde évoque la crainte d'un « déclassem ...

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Au même moment où Valérie Pécresse s'apprête à supprimer le CNRS, le G8 rend l'âme après deux décennies de délocalisations qui n'ont point épargné la recherche scientifique et technologie.
Pourtant, le monde politique, toutes tendances confondues, avait invariablement assuré aux citoyens que les délocalisations ne concerneraient que le travail dit « peu qualifié ». Voir nos articles du 11 mars 2008, du 13 mars 2008du 11 mai 2008. et
C'est dans ce contexte, que le gouvernement s'efforce de minimiser la portée de ce que l'on appelle le « déclassement social » et qui n'est en réalité que la disparition des emplois dits « qualifiés » par le biais des délocalisations. Le CNRS nous fournit un exemple emblématique de cette catastrophe des pays prétendument « riches ».
La promesse giscardienne de faire de la France une grande « classe moyenne », a vécu. Rien d'étonnant, s'agissant d'une propagande destinée à endormir le mouvement social de l'époque. Mais au juste, que signifie l'expression « classe moyenne » ?
En réalité, d'après Le Monde, les Français craignent de se voir imposer des emplois dévalorisés par rapport à leur niveau professionnel reconnu. Il s'agit donc de salariés et de fonctionnaires : on est loin des « classes moyennes » que la propagande nous fait miroiter. Où sont passées les « classes moyennes » ?
Wikipédia écrit :
« La ou plutôt les classes moyennes forme(nt) un ensemble (appelé classe sociale) hétérogène de populations, définies en partie par leur niveau de vie, situées au dessus des classes pauvres et en dessous des classes aisées. Cet ensemble varie suivant les pays et dans le temps ».
Autrement dit, on parle de nos jours de « classes moyennes » à propos de ceux qui vivent « moins mal » que les couches les plus pauvres de la population. Rien de très scientifique dans une telle définition, qui ne fait pas allusion au rôle de chaque groupe dans le processus de production ou au sein des institutions.
En réalité, les couches moyennes qui s'étaient développées après la Libération ont fondu avec le processus général de prolétarisation de la population française qui n'a cessé de s'accélérer depuis les années 1960. Les chercheurs du CNRS, par exemple, sont pour la plupart des employés de l'Etat qui fournissent un travail en échange d'une rémunération mensuelle. Leur situation, sur ce plan, n'est pas fondamentalement différente de celle des salariés faisant partie de la classe des prolétaires.
De plus en plus, on tend à inclure dans les « classes moyennes » des travailleurs dont le statut n'a pas (encore) dégringolé jusqu'à l'asservissement total, la précarité et des revenus de l'ordre du SMIC. C'est le cas, entre autres, des chercheurs titulaires du CNRS, de l'INSERM et des autres établissements publics de recherche ; ou des enseignants - chercheurs titulaires, de beaucoup de fonctionnaires...
En réalité, la stratégie des oligarchies financières a systématiquement recherché la disparition des « classes moyennes » en dehors de quelques groupes directement au service du système en place. L'opération est à la fois économique et politique.
Il s'agit non seulement de se procurer un contrôle total de l'économie et un maximum de bénéfices, mais aussi d'anéantir des secteurs de la population travailleuse qui, par leur situation un peu plus aisée que celle des plus pauvres et par leur plus grande indépendance, pourraient disposer d'une plus grande liberté et de meilleurs moyens pour générer une réfléxion indépendante de celle que le pouvoir cherche à imposer.
Tel est sans doute l'un des enjeux essentiels de l'actuelle campagne de liquidation des fausses « classes moyennes » au sein même du monde du travail. Le nivellement par le bas vise notamment à faire taire ceux qui « dérangent » ou « pourraient déranger », en les plaçant dans une situation d'asservissement total. Les chercheurs titulaires du CNRS, comme les enseignants-chercheurs et nombre de fonctionnaires, font partie de ces fausses « classes moyennes » qui « dérangent ». La marchandisation et la « managérisation » de la recherche sont également, entre autres, des instruments de cette politique.
C'est loi d'être la seule mesure dans cette direction. La marchandisation de l'éducation et sa modularisation d'après des critères entièrement utilitaristes vise également à empêcher citoyens et professionnels d'accéder à une formation pluridisciplinaire cohérente et complète, susceptible de leur permettre de développer une pensée indépendante et originale.