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"Super Biatos" (11/03/2009)
Jeudi 2 avril 2009, manifestation des enseignants-chercheurs. Pour la première fois, les « Invisibles » défilent en première ligne. Les « Invisibles », comme ils se dénomment, ce sont les personnels BIATOSS et ITA.
« Dans les universités et les organismes de recherche, ce sont les travailleurs de fond. Jusqu’ici, on les
mettait peu en avant. Ils ne participaient pas aux discussions avec le ministère. Moins accessibles, moins syndiqués (ils changent souvent de poste), disposant de moins de réseau et de moins
d’informations, ils se trouvaient moins sur le devant de la scène. Et pourtant ce sont eux qui souffrent le plus. Aujourd’hui, ils prennent davantage la parole au niveau local et même national
depuis la création d’une coordination propre, le 21 mars 2009, validée par la coordination universitaire », explique Antonin*, un porte-parole du collectif Papera, qui lutte contre la
précarisation dans l’enseignement supérieur et la recherche.
Une grogne qui monte, qui monte
Les BIATOSS et les ITA sont montés au front un peu plus tard que les enseignants-chercheurs. Pourtant, leur mécontentement n’est pas nouveau... « Il remonte à 2007 et à la loi LRU (la loi sur l’autonomie des universités, NDLR) », estime Yvon Le Bourhis, porte-parole BIATOSS de la coordination nationale des universités. Du côté des organismes de recherche, on cite comme date référence le premier blocage du conseil d’administration du CNRS, en juin 2008 « lorsqu’il a été question de le découper en instituts, avec la crainte que le CNRS ne joue plus le rôle d’opérateur de recherche», rappelle Jean Kister, secrétaire général adjoint du SNTRS-CGT (Syndicat national des travailleurs de la recherche scientifique).
« Puis le discours de Nicolas Sarkozy, le 22 janvier 2009, qui remettait en cause le fonctionnement des UMR
(unités mixtes de recherche) avec une gestion par les universités, a mis le feu aux poudres », ajoute-t-il. Le mouvement est réellement né au début de l’année 2009, à partir de la deuxième ou
de la troisième coordination nationale universitaire, lorsque les BIATOSS et les ITA ont pris conscience des effets de la politique du gouvernement sur leurs conditions de travail.
Variable d’ajustement
Aujourd’hui, leurs principales préoccupations concernent les suppressions de postes, le repyramidage (le
gouvernement échange deux postes de catégorie C contre un poste administratif de haut niveau), l’externalisation des services (entretien, sécurité, reprographie…), le décret sur la mobilité des
fonctionnaires, les bas salaires ou encore le problème des non-statutaires. « Les BIATOSS et les ITA considérés comme variable d’ajustement dans la masse salariale, c’est une notion très claire
pour tous », résume Antonin.
Tous contre la loi LRU
Réunie le 4 avril 2009, la coordination nationale des personnels BIATOSS et ITA a donc établi une liste de revendications. En première ligne figure l’abrogation de la loi LRU. Mais la coordination réclame également l’abrogation de la RGPP (révision générale des politiques publiques) et du Pacte de la Recherche, l’alignement des droits des personnels non-titulaires sur ceux des titulaires, le maintien et la restitution de tous les postes supprimés au budget 2009 ou en voie de l’être les années suivantes, la fin du processus d’externalisation, le maintien de la fonction publique d’Etat, le maintien de la filière bibliothèques, 1500 € de salaire net pour tous, etc.
« Personnellement, je touche 1284 € net par mois en tant que magasinier des bibliothèques à l’université de
Marne-la-Vallée, un poste de catégorie C », témoigne Yvon Le Bourhis. Un emploi en voie de disparition… La fac, autonome, fait de plus en plus appel aux étudiants pour effectuer ce travail.
Les trois piliers de l’université
Pour faire entendre leur voix, les personnels BIATOSS et ITA multiplient les formes d’actions : assemblées
générales, opérations bureaux vides, participation aux « rondes des obstinés », blog,
opérations laboratoires ouverts, distribution de tracts dans le RER, etc. Et surtout manifestations depuis janvier-février aux côtés des enseignants-chercheurs et des étudiants. « Nos intérêts
convergent. Il y a trois composantes à l’université : les professeurs, les élèves et les BIATOSS-ITA. Il suffit qu’il en manque une pour que le système ne fonctionne plus. C’est ce que nous
voulons démontrer avec les opérations bureaux vides », assure Christian Poret, BIATOSS mandaté par l’université Paris 8 à la coordination nationale.
Preuves de solidarité, des « caisses de grève » sont organisées localement dans les universités et les centres
de recherche. Pas de quoi payer des journées entières de salaire, mais au moins de quoi fournir une aide aux personnels (surtout des titulaires) qui sont obligés de pointer, contrairement aux
enseignants-chercheurs, peu contrôlés. Mercredi 8 avril 2009, une nouvelle journée de manifestation s’annonce. Cette fois-ci, les BIATOSS et les ITA n’auront pas le droit à l’avant-poste. Mais
ils souhaitent être visibles. Leur prochaine coordination nationale est programmée pour le 25 avril.