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Les dérives du projet de loi 107La gouvernance universitaire au cœur des enjeux actuels !mardi 31 mars 2009, par |
"C’est dans le contexte du dépôt d’un projet de loi tout à fait inacceptable qui dénature la mission des universités qu’il faut situer la grève des professeurs et maitres de langue de l’Université du Québec à Montréal."
Les professeurs et maîtres de langues de l’Université du Québec à Montréal sont maintenant en grève depuis deux semaines. En effet, vendredi passé, ils se sont prononcés en faveur du prolongement de la grève, et ce, dans une proportion de 91%. En plus d’une augmentation de salaire et de l’embauche de nouveaux professeurs, les professeurs et maîtres de langue de l’Université de Québec à Montréal dénoncent le projet de loi 107 « Loi modifiant la Loi sur les établissements d’enseignement de niveau universitaire et la Loi sur l’Université du Québec en matière de gouvernance ». Ce projet de loi déposé en octobre dernier par la ministre Courchesne suite aux recommandations du groupe de travail sur la gouvernance des universités du Québec prévoit la mise en place de plusieurs mesures quant à la gouvernance des universités qui ne sont pas sans rappeler le mode de fonctionnement de l’entreprise privée.
N’est-il pas commode devant le sous-financement chronique des universités québécoises d’attribuer la crise financière des institutions universitaires à un problème de gestion ? N’est-il pas un peu facile dans ces circonstances d’attribuer le blâme de ce fiasco aux conflits d’intérêts des membres de la direction issus de la communauté universitaire ? Comme si seuls les membres du CA qui sont issus de la communauté universitaire pouvaient avoir des conflits d’intérêts. Comme si les membres extérieurs qui sont le plus souvent étroitement reliés à la communauté des affaires eux n’étaient pas sujets à avoir un quelconque conflit d’intérêts.
Au détriment de la question du sous-financement chronique des universités il semble en effet que la ministre Courchesne préfère porter son attention sur la question de la gouvernance des universités et d’attribuer les difficultés financières rencontrées par les établissements à des problèmes de gestion voir à l’incompétence des membres issues de la communauté interne.
Je présenterai ici deux alinéas du projet de loi qui pose d’une manière flagrante un grave problème quant à la mission et aux valeurs mêmes que devrait porter un établissement universitaire.
4.0.3. Au moins les deux tiers des membres du conseil d’administration doivent se qualifier comme membres indépendants. Au moins le quart des membres doit être issu de la communauté universitaire.
Que l’État impose une composition du CA de membres issus en forte majorité de l’externe fait dévier l’Université de ses valeurs les plus fondamentales. Il est primordial que les décideurs soient des gens considérant l’éducation et la transmission des connaissances comme des enjeux prioritaires devant être au cœur des décisions qu’ils seront amener à prendre. Il est également nécessaire que ces personnes ne considèrent l’Université ni comme une entreprise ni comme une société d’État, mais bien comme une institution ayant une vocation bien spécifique qui ne privilégie pas le rendement ou le profit au détriment de sa mission première. De plus, les membres externes ne sont pas nécessairement bien informés sur la réalité du milieu. En effet, tel que mentionné par Mme Marie Blais lors d’un débat sur la question tenu le 27 février : « les membres externes proviennent généralement du milieu des affaires et saisissent mal la réalité universitaire. Ils sont souvent absents et approuvent les décisions en posant peu de questions. À l’inverse, les questions des divers représentants de la communauté démontrent une connaissance de l’institution, forçant souvent les directions universitaires à livrer l’information sur les dossiers importants. » [1]
4.0.5 0. Les membres indépendants sont nommés par le conseil d’administration, sauf un membre qui est nommé par le gouvernement. Les autres membres sont nommés par la communauté universitaire
« Avec le projet de loi, le Conseil fixerait le profil d’expérience et d’expertise de ses membres. Tous les membres indépendants seraient nommés à la suite des recommandations du conseil. Comme les membres provenant de l’externe seraient majoritaires, le même milieu risquerait d’être surreprésenté. On est loin d’un conseil diversifié et représentatif ! E n plus de cette cooptation qui se pratique dans les organismes privés, ces membres indépendants fixeraient aussi leur rémunération. En d’autres termes, bar ouvert pour la république des copains, je dirais plutôt pour la république des requins. » [2]
Le projet de loi prévoit également le changement du processus de nomination du rectorat qui devra, dans l’éventualité de l’adoption du projet de loi, se faire de manière indépendante et confidentielle pour ainsi permettre aux candidats du monde des affaires de poser leurs candidatures sans alerter l’employeur. La gestion des Universités accuse déjà d’un manque flagrant de transparence vis-à-vis de la communauté universitaire, ce projet de loi ne semble qu’accentuée l’espace réservé aux secrets ‘’entrepreneuriaux ’’ des universités.
D’autre part, tout le chapitre IV de la loi sur les redditions de compte impose une mentalité du rendement et de la performance empruntée au privé. Ce projet de loi démontre une fois de plus la vision monolithique et néolibérale du gouvernement Charest qui veut tout calquer sur le modèle de l’entreprise privée perçue comme le seul mode de gestion acceptable.
C’est dans le contexte du dépôt d’un projet de loi tout à fait inacceptable qui dénature la mission des universités qu’il faut situer la grève des professeurs et maitres de langue de l’Université du Québec à Montréal. Il est primordial d’appuyer leurs revendications syndicales, mais aussi de dire haut et fort que les étudiants, les professeurs et les divers acteurs de la communauté universitaire ne laisseront pas le gouvernement détourner les universités des valeurs de collégialité, de démocratie, d’autonomie, de liberté de recherche, d’indépendance de l’esprit et de transmission des connaissances. Il est important de reconnaitre l’apport d’une administration issue d’une communauté universitaire qui accorde de l’importance à ces valeurs fondamentales.
Il faut le dire et le redire ; les universités se doivent d’être des institutions donnant accès à tous et à toute à une éducation de qualité permettant l’émancipation de citoyens informés et critiques et nous ne permettrons pas qu’elles soient réduites à de simples industries de diplômes.
[1] Mme Blais http://www.fneeq.qc.ca/FPCSN-fr/Deb...
[2] Mme Blais http://www.fneeq.qc.ca/FPCSN-fr/Deb...
[3] Radio-Canada http://www.radio-canada.ca/regions/...
[4] Projet de loi 107 http://www.assnat.qc.ca/fra/38legis...