Notre camarade Philippe Widdershoven, délégué syndical CGT du site Deshoulières porcelaine de Chauvigny, s’est donné
la mort mardi 24 mars 2009.
Ce drame plonge toutes celles et ceux qui ont connu Philippe dans une grande tristesse.
Philippe était un militant CGT totalement engagé au coté des salariés notamment pendant les luttes de ces derniers
mois où plusieurs dizaines d’emplois étaient menacés de disparaître à Chauvigny et dans les autres sites. Il conduisait des actions unitaires, avec les salariés, leurs familles, la population
et les commerçants.
Philippe a laissé une lettre très émouvante dans laquelle il explique son geste par une trop forte pression
professionnelle. Il demande également que son suicide soit reconnu comme accident professionnel. Nous laissons l’enquête en cours faire la lumière sur les causes qui ont poussé un homme
exemplaire professionnellement et syndicalement à un acte aussi extrême.
L’heure est au recueillement et au soutien aux proches de Philippe.
La Fédération CGT Verre-Céramique et la Confédération tiennent à exprimer leur tristesse devant la disparition
tragique de leur camarade. Toutes nos pensées vont à la famille de Philippe, à sa femme et à sa fille en particulier, auxquelles nous adressons nos plus sincères condoléances
Montreuil le 25 mars 2009
On a retrouvé son corps sans vie dans l’étang de Morthemer. Philippe Widdershoven, délégué syndical CGT Deshoulières, a mis fin à ses jours.
Il avait 56 ans. Philippe Widdershoven a été retrouvé mort, hier mardi, à 7 h par un groupe de pêcheurs
dans l’étang de Morthemer (Valdivienne). Un suicide. Un « accident du travail », a-t-il préféré indiquer dans un mot déposé sur la table du local CGT de l’usine
Deshoulières à Chauvigny.
Philippe Widdershoven était le délégué syndical CGT incontournable depuis septembre dernier à la « Poterie » de Chauvigny. La voix critique et revendicative du comité d’entreprise
et du CCE. Un homme droit et loyal. Son aisance oratoire et ses informations claires en avaient fait un porte-parole objectif des (mauvaises) nouvelles à une base inquiète. Entrée en 1979
comme chronomètreur à l’usine, il avait gravi les échelons jusqu’à occuper la fonction de directeur informatique du groupe Deshoulières depuis les années 80. Mais sa cause d’Homme, ce juste
l’illustrait sous la bannière syndicale depuis le mois d’octobre. Il s’exposait dans la défense usante des 82 ouvriers chauvinois licenciés.
“ Il avait une telle pression sur les épaules ”
« Il avait tellement envie qu’elle tourne cette boîte, qu’elle vive… Il travaillait comme un fou, il y mettait toutes ses forces. »
Hier midi, dans le local CGT de l’usine, l’émoi était trop grand. Dominique Multeau a éclaté en sanglots en songeant à son ami et camarade de luttes. C’est lui qui avait mis Philippe en selle
pour lui succéder à la délégation syndicale. Il a découvert le mot hier matin (1). « Depuis plusieurs semaines, il n’était pas bien, très pessimiste sur l’avenir de l’entreprise. Il
avait une telle pression sur les épaules depuis l’annonce du plan social… » Il avait aussi peur pour lui, pour son emploi. Un avertissement
reçu il y a plus d’un mois avait percé une brèche dans son armure. La pression était trop forte.
Philippe Widdershoven laisse son épouse et sa fille dans le deuil. Sa disparition place aussi toute une communauté syndicale et ouvrière dans le chagrin : les cégétistes sous le choc, des
« Deshoulières » orphelins et des « Buroform » qui ont pu compter sur son aide précieuse ces dernières semaines pour créer une section syndicale. Pour tous, Philippe
Widdershoven restera plus qu’un exemple : un symbole de la lutte ouvrière.
(1) Une déposition a été recueillie à la gendarmerie de Chauvigny qui a ouvert une enquête pour connaître les circonstances exactes de la mort.
Xavier Benoit
la Nouvelle République