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Vendredi 20 mars 2009 5 20 /03 /Mars /2009 14:28
Vendredi 20 mars 2009

 Entretien avec Élie Domota : « Nous n'avons aucun lien politique avec quiconque »



« Nous ne sommes pas enfermés dans notre île. Le problème de tous les travailleurs nous intéresse. »

Attendu hier en tête du cortège parisien par plusieurs personnalités syndicales, Élie Domota est finalement resté en Guadeloupe. En exclusivité pour l'union, il donne son point de vue sur le mouvement social en France et réaffirme l'indépendance du LKP vis-à-vis des syndicats ou des partis politiques métropolitains.


HIER matin, la grève générale dans l'Hexagone portait sur des revendications pas très éloignées des vôtres en Guadeloupe. Que vous inspire une telle mobilisation?
- C'est juste. Les problèmes que les travailleurs français posent aujourd'hui sont, à quelques détails près, les mêmes qui ont été posés ici. Il s'agit d'augmentation de revenus, de maintien de l'emploi, de l'augmentation du pouvoir d'achat et aussi au problème de la préservation de l'emploi. Face à cela, on constate que le gouvernement a fait le choix de donner de l'argent aux entreprises et aux spéculateurs, tout en laissant ces mêmes entrepreneurs licencier des dizaines de milliers de travailleurs. Ils ont tout à fait raison de descendre dans la rue pour faire entendre leurs voix. Ces manifestants ont toute la solidarité des organisations syndicales de Guadeloupe et du LKP (Liyannaj kont pwofitasyon)


Vous étiez annoncé dans les rangs des manifestants en métropole…
- Il y a quelques personnalités syndicales qui ont insisté pour que je sois là, mais ce n'était pas possible. Néanmoins, il y a une délégation du LKP qui est en France et qui a manifesté à Paris avec les organisations nationales.


Les problèmes de la métropole vous intéressent?
- Nous ne sommes pas enfermés dans notre île. Le problème de tous les travailleurs nous intéresse fortement. Les travailleurs français ont été solidaires avec nous pendant le conflit à travers leur présence et aussi par le biais de nombreux communiqués qu'ils nous ont fait parvenir. Oui, nous sommes solidaires des combats menés par les travailleurs d'où qu'ils soient, de Bolivie, du Mexique ou d'ailleurs.


Pensez-vous que le mouvement guadeloupéen contribue à renforcer cette mobilisation nationale?
- Je ne me prêterais pas à cette analyse. De façon plus philosophique, je dirai plutôt que c'est une lutte qui enrichit d'autres luttes. Si le mouvement du LKP a duré aussi longtemps, c'est parce que l'on s'est inspiré d'autres combats qui ont déjà été menés dans le monde et dans d'autres pays. Aujourd'hui, nous démontrons que c'est une lutte sociale qui en inspire d'autres… Ce n'est pas le mouvement LKP qui a déclenché cette mobilisation du 19 mars en France… Il a peut-être donné des idées. C'est une bonne chose pour la ligue des travailleurs: en France, dans les DOM, ou ailleurs, nous subissons les mêmes problèmes.


Cela vous donne des idées pour exporter votre savoir-faire dans le domaine de la lutte sociale?
- Nous n'avons rien inventé. Les avancées sociales qui ont été opérées en France avant et après la Seconde guerre mondiale se sont faites grâce à la grande combativité des travailleurs.
Maintenant, certes, la fougue est moindre, mais les travailleurs sont toujours présents dans la revendication. C'est la lutte qui nourrit la lutte. Aujourd'hui, il est vrai que c'est nous, en Guadeloupe, qui paraissons les plus virulents, mais il n'est pas impossible de voir demain la tendance s'inverser et de voir le combat prendre à Paris ou dans le Limousin. Il ne faut pas se dire que la Guadeloupe c'est le centre du monde, mais plutôt encourager tous les travailleurs à nourrir d'autres luttes et d'autres espoirs.


N'avez-vous pas le sentiment d'avoir été récupéré par la gauche française, en manque d'audience, avec la venue de Christian Paul, Ségolène Royal, Olivier Besancenot, José Bové entre autres?
- Pas du tout. Ils sont venus. Nous avons discuté. Je ne pense pas qu'aucun d'eux ne pourra dire que l'on est dans leur camp, que l'on penche plus pour l'un que pour l'autre. Nous avons simplement apprécié leur soutien.


De qui vous sentez-vous le plus proche?
- Des travailleurs. Nous n'avons aucun lien politique avec quiconque.


On vous soupçonne d'être d'abord un idéologue, plus marqué par la politique que par le syndical. Que répondez-vous?
- On ne peut pas faire du syndicalisme, sans faire de la politique. D'ailleurs, même quand vous faites partie d'une association de parents d'élèves, vous faites de la politique. Dans la vie de tous les jours, on ne peut pas ne pas faire quelque chose si l'on n'a pas une vision politique de la société et des ambitions pour elle, afin d'améliorer la vie des gens. Cependant, la politique politicienne ne m'intéresse pas. Sinon, on m'aurait déjà vu marchant avec attaché-case et cravate dans les campagnes. On ne me verra à aucune élection.


En Guadeloupe, deux semaines après la fin de conflit et la signature du protocole d'accord, on note que malgré de fortes réticences, vous êtes en train de faire plier le Medef. Les plus virulents membres signent progressivement l'accord Bino (sans le préambule). Est-ce une grande victoire?
- C'est une grande victoire. Tout d'abord parce que les tensions ont baissé et que fort de la mobilisation des travailleurs, les grands groupes du pays (Hayot, Despointes) ont signé l'accord Bino les uns après les autres. Mercredi soir, le groupe Loret (concessionnaire Peugeot) a signé. Toute la grande distribution est aujourd'hui signataire. Cet accord est bon pour les travailleurs. Pourquoi? Lorsqu'ils auront une rémunération satisfaisante, ils se sentiront mieux et leur travail s'en ressentira. C'est aussi bon pour l'économie: l'augmentation des salaires et du pouvoir d'achat aura des répercussions favorables.


Propos recueillis par Martin T. Laventure

Source : Journal L'Union

Par cgtup
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